Une disparition mystérieuse

Samedi 2 juin 2018

Histoire de l’harmonium de l’église de St-Médard d’Excideuil. Dans l’église paroissiale trônait autrefois un harmonium, cadeau de la famille POUQUET. Ce bel instrument offert à l’église, avait pendant longtemps enchanté de ses sons harmonieux, les oreilles des fidèles…

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Harmonium

Dans l’église paroissiale trônait autrefois un harmonium, cadeau de la famille POUQUET. Ce bel instrument offert à l’église, avait pendant longtemps enchanté de ses sons harmonieux, les oreilles des fidèles. Or bizarrement il s’était évaporé. Impossible de le retrouver, alors qu’il figurait sur une liste de dons accordés à la paroisse au XIX e. Nous allons tenter d’en savoir davantage sur cette étrange affaire. D’abord qui étaient ces généreux donateurs répondant au nom de POUQUET. Il s’agissait tout simplement des propriétaires du domaine d’Essendièras.

Leur ancêtre prénommé Antoine, notaire à Angoisse, l’avait acquis en 1793, lors de la vente des biens confisqués aux nobles. Le domaine comportait alors 1250 hectares de terres et de bois, un château du XVI e, des granges et des métairies. Cette famille était de souche totalement périgourdine. En effet, Antoine POUQUET avait épousé la fille d’un drapier excideuillais, Marguerite Gay. Les générations qui suivirent, restèrent toutes très attachées à cette propriété et à Saint-Médard.

En 1872 Eugène POUQUET et son épouse Marie, accueillirent une petite Jeanne. L’enfant fit aussi le bonheur de ses grands parents, Pierre Chéri et Emilie POUQUET. Belle, pourvue d’une magnifique chevelure blonde, Jeanne se faisait remarquer par sa curiosité et son dynamisme. Elle possédait du charme et des dons qui éclosent, au cours de son adolescence. Excellente pianiste, elle chantait à merveille et se révélait aussi, une très bonne comédienne. Dotée d’une belle imagination, elle avait disait-on à l’époque, « un joli brin de plume ». Comme elle se plaisait énormément à Essendièras, elle y passait toutes ses vacances. Elle adorait la campagne environnante et la parcourait en vélocipède, au grand dam de sa grand-mère et de sa mère qui jugeaient ce moyen de locomotion, fort indécent pour les demoiselles. Pour son douzième anniversaire, ses grands parents lui achetèrent un harmonium. L’instrument fut donné à l’église paroissiale. Jeanne lorsqu’elle résidait sur la commune, jouait et chantait lors des messes dominicales. Il lui arrivait aussi d’animer, à la demande du prêtre, d’autres cérémonies. Cet harmonium régala, pendant des années, les amateurs de musique religieuse. Pendant la grande guerre de 14-18, plusieurs offices furent célébrés pour les soldats du front. Dans un courrier émanant d’un témoin, il est dit « on joua des cantiques à l’harmonium, en priant pour que ces musiques célestes parviennent à nos pauvres poilus ».

Nous ignorons la date à laquelle l’instrument ne fut plus utilisé. Nous ne savons pas non plus, comment il se détériora. Nous pouvons cependant avancer une hypothèse.

L’église subit des dommages liés au temps qui passe et aux caprices météorologiques. La toiture et quelques vitraux abîmés, laissèrent entrer le froid, la pluie et le vent. L’harmonium de Jeanne POUQUET se dégrada. Dans l’incapacité de produire encore des sons, nécessitant, selon toute vraisemblance, de coûteuses réparations, on se débarrassa de lui en l’installant dans le grenier de la sacristie. L’humidité du lieu acheva de le détruire.

A l’automne 2012 lors de travaux réalisés sur la charpente et la toiture, nous eûmes la surprise de découvrir ce qu’il en restait. A vrai dire bien peu de choses, l’appareil était réduit à sa plus simple expression. Mais ces quelques reliques nous apportaient la preuve de son existence passée et nous remettaient en mémoire le temps où Jeanne POUQUET faisait résonner ses sons harmonieux.